LES CLAPOTIS INVISIBLES
Je connais la mer de chez moi et j’en reconnais les bruits, humeurs, mouvements et danses.
L'océan m'était encore inconnu à mon arrivée à Lorient. En explorant la ville, j'ai découvert un paysage étrange, fait d'îles, quasi-îles, petits mers, délimité par un océan toujours en mouvement, semblable à mon volcan, rythmant les journées de son va-et-vient.
Le début de ma résidence a été marqué par un ciel étouffé par les nuances imperceptibles de blanc, une lumière éblouissante chassant chaque ombre des rues qui semblaient se peupler d'une réalité fantasmagorique.
Un jour, le vent a balayé les nuages, ramenant le soleil et les contrastes vibrants des ombres. À chaque souffle, le vent gonflait les nuages, déplaçant le plafond du monde un peu plus haut. L'écho de mes souvenirs se mêlait à une symphonie céleste accompagnant les bruits de la ville.



Sans comprendre d'où elle venait, je poursuivais une musique diffuse, céleste, suivant le vent. Elle était toujours différente, apportant une délicatesse constante. Un jour, au bout d'une falaise, parmi les fleurs du printemps, j'ai trouvé cette musique agrippée aux cordes du phare, jouées par le vent comme un violon.
J'ai mis du temps à m'habituer aux variations imperceptibles du ciel, à la lumière éblouissante, à la pluie tout aussi tenace. Je regardais le temps passer, six heures après six heures, avec une marée bruyante à son arrivée et à son départ.
J'ai appris à attendre pour marcher sur le sable ridé par le souvenir de la mer. La mer reviendra, car elle revient toujours. Les rochers cesseront de crépiter, la vie des abysses révélée s'épanouira à l'ombre océanique. Les vagues occuperont la mer avec leur litanie, devenant finalement silence.